En terre d'Islam

Publié le par Ulysse

Avec son dernier livre, "l'Esclavage en terre d'Islam, un tabou bien gardé" (fayard), le philosophe et anthropologue algérien Malek Chebel n'a pa craint d'aller secouer le cocotier du politiquement correct.
Dans l'hebdomadaire "Jeune Afrique", il remet les choses en place: "si la traite occidentale a duré moins de quatre siècles, la traite orientale s'est étalée sur quatorze siècles, puisque j'en situe les débuts avec la naissance de l'Islam. Le fait que le phénomène soit dilué dans le temps et qu'il n'y ait pas eu de bateau négrier donne le sentiment que c'est différent. Le volume total de l'esclavage dans le monde arabo-islamique atteint pourtant, selon les estimations les plus sérieuses, les 20 millions, soit plus que le nombre d'Africains déportés dans les Amériques".
Commentaire faussement naïf de Dominique MAILLET de "Jeune Afrique": "Une fois le libre de Malek Chebel, -dont curieusement les médias ont peu parlé-,  fermé, on ne voit plus la civilisation islamique de la même façon."

Selon Malek Chebel, il n’est pas un lieu gagné par l’islam où ne se soit jamais pratiqué le commerce d’esclaves, encore présent dans le quotidien de millions de gens.

« Un esclavage discret et à peine atténué se perpétue aujourd’hui. Il y a des zones de non-droit absolu en Arabie Saoudite et dans certains pays du Golfe, par exemple. Au Niger ou au Mali, vous pouvez acheter - à l’unité - un enfant de 10 ans dont vous ferez ce que vous voudrez. Alors que les autorités religieuses en Occident ont fini par basculer dans le camp des abolitionnistes au XIXe siècle et aujourd’hui encore battent leur coulpe pour les crimes passés, je n’entends aucun prédicateur d’Al-Jazira condamner ces pratiques. » dixit l'auteur.

Chebel fustige aussi les islamologues pour leur silence accâblant. «  Peut-être ont-ils préféré, écrit-il, « la hauteur mystique des grands penseurs, des philosophes et des théosophes de l’islam aux réalités scabreuses des marchands de chair humaine ». Ils savaient, mais leur empathie pour l’islam les inclinait à trouver à cette religion et aux hommes qui s’en réclament des excuses qui ne sont en rien justifiées.

Ce qui révolte Malek Chebel « c’est que, plus ou moins explicitement, on invoque l’islam pour justifier l’asservissement. Or, sur les seuls 25 versets du Coran qui évoquent le sujet, presque tous penchent du côté de l’affranchissement. Strictement rien dans les textes ne justifie le système esclavagiste. Mais c’est ainsi : sous diverses formes, une coterie religieuse vénale, aux ordres des dictatures, conserve une emprise totale sur l’islam et son interprétation. Il y a 30 ou 40 ans encore, l’Islam des Lumières auquel je me réfère était en plein progrès, en Égypte notamment, et la démocratie était en vue. Aujourd’hui, on est en pleine régression : si l’on faisait aujourd’hui des élections libres dans le monde arabo-musulman, les islamistes l’emporteraient presque partout. Cela dit, je ne crois pas que ce soit irréversible : l’Égypte pourrait redevenir une terre des Lumières. Et il y a des frissonnements démocratiques au Maghreb ou ailleurs. »

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Publié dans Humeur du jour

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