Les interpellations de sans-papiers chez eux restent rares
Elle leur permettra de rester légalement en France auprès de leur fils pendant qu'il est hospitalisé, précise un communiqué du ministère. Un geste qualifié d'"aumône" par le Réseau éducation sans frontière (RESF) qui avait demandé la régularisation de toute la famille "dès le 12 juillet" et qui se dit "choqué par le manque d'humanité de ce gouvernement".
M. Hortefeux, chargé d'une politique de l'immigration qui se veut "ferme", et dont Nicolas Sarkozy attend des résultats rapides, a rappelé, samedi, "la situation irrégulière" des parents d'Ivan, soulignant que malgré trois rejets successifs de demande d'asile, "ces personnes se sont maintenues en France irrégulièrement". "Notre politique est sur deux jambes : prévention et accompagnement, expliquait-il, jeudi, avant d'avoir eu connaissance de l'accident. Les clandestins doivent savoir en venant ici que c'est une voie sans issue pour eux."
En attendant les résultats de l'enquête de l'inspection générale de la police nationale ouverte jeudi, M. Hortefeux se tient "régulièrement informé de l'état de santé du jeune Ivan", insiste-t-on au ministère. Dimanche, l'adolescent tombé du 4e étage de son immeuble était "dans un état stable", selon l'hôpital d'Amiens.
Lundi matin, RESF-Somme n'avait pas de réponse à sa demande d'audience auprès de M. Sarkozy pour s'entretenir sur la situation de la famille. "Depuis le début de l'été, nous n'avons plus de réponse à nos demandes de régularisation", déclare Didier Cottrelle de RESF.
Indépendamment du drame qu'elle a provoqué, la tentative d'interpellation d'Ivan et de ses parents à leur domicile illustre la volonté des pouvoirs publics de combattre, pied à pied, l'immigration clandestine. Le mode d'intervention des policiers n'est certes pas nouveau. A l'époque où Charles Pasqua était ministre de l'intérieur, de 1993 à 1995, les forces de l'ordre avaient, en quelques occasions, procédé de la sorte, se souvient Jean-Pierre Alaux, du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti).
Dans un passé plus récent, les associations d'aide aux plus démunis avaient été directement concernées par de telles interventions. En février 2003, la police aux frontières (PAF) s'était rendue dans la communauté Emmaüs de Bourg-en-Bresse pour arrêter un Algérien sous le coup d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. En mai de la même année, trois Algériens en situation irrégulière avaient été interpellés dans des centres d'hébergement de l'agglomération lilloise.
Le nombre d'interpellations à domicile augmente-t-il ? Difficile à dire. Interrogés, les ministères concernés ne semblent pas avoir de statistiques sur le sujet. Les syndicats de policiers, pour leur part, ne font pas état de consignes particulières. "Des quotas ont été fixés sur le nombre d'interpellations à réaliser mais pas pour le mode opératoire", explique Patrice Ribeiro, secrétaire général adjoint de Synergie officiers.
En février 2006, les ministères de l'intérieur et de la justice avaient adressé aux préfets et aux procureurs une circulaire sur les "conditions de l'interpellation d'un étranger en situation irrégulière". Mais elle se bornait à préciser la marche à suivre pour procéder à des arrestations "sur la voie publique, aux guichets des préfectures, au domicile ou dans les logements foyers et les centres d'hébergement".
Dans le monde associatif, certains ont toutefois le sentiment que les interventions policières au domicile des sans-papiers progressent tout en restant marginales sur le plan quantitatif. "Ces pratiques étaient excessivement rares il y a quelques années, estime Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade (service oecuménique d'entraide). Aujourd'hui, elles ne sont plus exceptionnelles." Elles sont souvent mises en oeuvre dans des zones géographiques "où les préfets ont du mal à faire leurs chiffres", assure Richard Moyon, porte-parole de RESF.
En Ile-de-France, le phénomène s'avère presque inexistant, d'après un responsable syndical policier, car les forces de l'ordre ont déjà fort à faire avec les sans-papiers contrôlés sur la voie publique. Elles lancent des opérations ciblées dans des quartiers qui ont la réputation d'être fréquentés par des étrangers sans titre de séjour, par exemple Belleville à Paris, remarque Pierre Henry, directeur de France Terre d'Asile.
Source: Le Monde