Quand la rue prend le parti d'un cocaïnomane plutôt que celui de la police
L'Inspection générale des services (IGS) a rendu son rapport sur le décès de Lamine Dieng, ce jeune de 25 ans, mort dans un fourgon de police, le 17 juin. Selon les conclusions de l'IGS, "aucun élément n'a été recueilli à ce jour pouvant mettre en cause la responsabilité des fonctionnaires". En outre, les expertises médicales pratiquées à l'Institut médico-légal ont permis d'établir, selon les enquêteurs, que "l'intéressé était décédé d'une mort naturelle". Lamine Dieng, "défavorablement connu des services de police", selon l'IGS, pourrait avoir succombé à une overdose, et, d'après le parquet de Paris, "l'autopsie n'a pas fait apparaître de trace de coups", mais la présence de cocaïne.
Lors de leur intervention, le 17 juin, les policiers avaient découvert dans la chambre d'hôtel de Lamine Dieng de la cocaïne, du cannabis et de l'alcool. Parvenus sur place vers 4 heures du matin, les policiers avaient, selon l'IGS, "remarqué un homme allongé au sol qui refusait d'obtempérer aux injonctions des fonctionnaires. Ces derniers étaient contraints de maîtriser la personne dans un état important d'excitation en l'entravant aux bras avec les menottes et aux jambes avec une ceinture de contention. Après avoir été porté dans le fourgon de police, l'individu perdait soudainement connaissance". D'après les enquêteurs, "les huit fonctionnaires intervenants auditionnés affirmaient avoir appliqué des gestes de maîtrise sur un individu en état de crise et développant une très grande puissance physique". Lamine Dieng venait de frapper violemment sa petite amie.
Des incidents avaient éclaté, vendredi 6 juillet, dans le 11e arrondissement de Paris, en marge d'une manifestation de 300 personnes, qui exigeaient que toute la lumière soit faite sur la mort de Lamine Dieng. Des dizaines de jeunes encagoulés, dont certains étaient armés de bâtons, avaient caillassé des véhicules de police. Selon la préfecture de police, de 20 h 50 à 21 h 25, une cinquantaine de jeunes avaient légèrement blessé trois policiers et dégradé plusieurs voitures, dont un véhicule policier. La famille de Lamine Dieng, domiciliée dans le 20e arrondissement, avait appelé à cette manifestation. Le 24 juin, plusieurs centaines de personnes avaient déjà défilé en silence derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Pour Lamine, mort entre les mains de la police".
Pour l'avocat Me Pierre Mairat, qui a porté plainte contre X... avec constitution de partie civile, le 22 juin, au nom de la famille du jeune homme, des zones d'ombre subsistent dans ce dossier. "Comment un garçon de 25 ans en parfaite santé ( et la cocaïne?)a-t-il pu mourir d'une crise cardiaque, s'interroge Me Mairat, et pourquoi la famille n'a-t-elle été prévenue que 48 heures après les faits ?" Il souhaite qu'une information judiciaire soit ouverte et qu'un juge d'instruction puisse notamment ordonner une contre-expertise afin de lever "les doutes, la suspicion, et la colère" qui entourent cette affaire