Comment la Corée du Nord utilise l’arme migratoire pour déstabiliser l’Europe

Publié le par Ulysse

Les traversées de clandestins vers les îles Canaries (Espagne) depuis les côtes ouest-africaines, s’effectuent de plus en plus souvent à bord de navires de pêche, plus gros et donc jugés plus sûrs que les pirogues qui assuraient jusqu’alors le transport.

Depuis le début mai, plus de 160 clandestins ont été interpellés par la police bissau-guinéennes dans l’archipel des Bijagos (100 km au large de Bissau), alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer dans des bateaux de ce type, ou des cargos à destination de l’Europe.

“Il y a de moins en moins de pirogues qui osent braver la mer à cause des nombreux accidents”, indique le commandant Numo Cissé, chef adjoint des garde-côtes de Guinée-Bissau, pays devenu un point de départ important de clandestins à destination de l’Europe.

Selon cet officier, “tous ceux que nous avons arrêté (ces dernières semaines) sont regroupés dans une île des Bijagos, puis acheminés par pirogue jusqu’à un navire qui mouille au large”.

Les passeurs utilisent de plus en plus régulièrement des bateaux de pêche pour faire le voyage vers les Canaries.

Début mai, une patrouille de la marine bissau-guinéenne a arraisonné un bateau de pêche nord-coréen avec à son bord une cinquantaine de clandestins ouest-africains.

“Les asiatiques (…) pillent nos ressources (halieutiques), et participent aux trafics de drogue et de clandestins avec la complicité de capitaines africains et espagnols”, s’indigne M. Cissé.

En mai, un bateau nord-coréen qui avait tenté au moins à deux reprises d’acheminer des clandestins asiatiques vers l’Espagne, a été immobilisé à Conakry.

Ce bateau, le “Happy day”, avait été intercepté par Frontex, l’agence de surveillance des frontières de l’UE, au large des Canaries, avec une centaine de clandestins à bord, avant de faire demi-tour vers le Sénégal puis la Guinée selon les témoignages de l’équipage, composé de sept Géorgiens.

M. Cissé souligne: “le trafic est une affaire qui rapporte beaucoup d’argent et tout le monde y trouve son compte, des rabatteurs aux transporteurs”.

Baye Fall, jeune Sénégalais de 22 ans, a été interpellé la semaine dernière avec un groupe de 63 clandestins qui s’apprêtaient à embarquer pour les Canaries.

“Nous avons versé chacun 400.000 FCFA (610 euros). L’argent a été remis au passeur qui nous a garanti que nous entrerions en Espagne non pas par des pirogue mais par un bateau”, explique-t-il.

Selon un passeur, la faiblesse du dispositif de surveillance des côtes bissau-guinéennes encourage les capitaines de navire.

“C’est une affaire très juteuse (…). Le capitaine d’un bateau de pêche qui touche 1.500 dollars par mois est toujours tenté si nous lui proposons trois fois plus que son salaire”, affirme-t-il.

Grâce à ces navires plus importants, des passages se font désormais jusqu’au Portugal et en Angleterre.

“De plus en plus de navires transportent nos candidats vers Madère (Portugal), l’Italie ou parfois plus loin vers l’Angleterre. Mais là, nous demandons plus cher”, précise-t-il, ajoutant: “les clandestins travaillent dans le bateau pendant la traversée”.

Conscient de ce problème, le ministre bissau-guinéen de l’Intérieur, Baciro Dabo, demande une aide au gouvernement espagnol.

“Il faut que le gouvernement espagnol nous aide à circonvenir ce phénomène qui dépasse nos capacité d’intervention”, indique-t-il avant de préciser avoir demandé “que l’on dote notre marine de moyens pour une surveillance accrue de nos eaux et des nos côtes”.

(Source : www.jeuneafrique.com)

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