Libéria: de faux orphelinats arnaquent de généreux donateurs
Selon La Lettre d’Afrik, au Liberia, les propriétaires d’orphelinat s’enrichissent grâce aux millions de dollars qu’ils reçoivent chaque année de généreux donateurs, alors que des milliers de prétendus orphelins vivant dans ces établissements ont encore leurs parents, ont indiqué autorités libériennes et certaines associations de défense des droits de l’enfant.
« En fait, la plupart des enfants vivant dans ces établissements ne sont pas de véritables orphelins. Les propriétaires d’orphelinat se servent d’eux pour rechercher une aide financière à l’étranger et tirent profit de leur activité », a confié à IRIN Vivian Cherue, la vice ministre libérienne de la Santé, chargée des Affaires sociales et responsable de tous les orphelinats.
Par ailleurs, beaucoup d’orphelinats sont dans un « état déplorable », et dans 11 des 15 comtés du pays, ces établissements posent de « graves problèmes de violation des droits humains », a souligné un rapport publié au mois de mars par la MINUL (Mission des Nations Unies pour le Liberia).
Le nombre d’orphelinats a considérablement augmenté au Liberia, passant de dix en 1989 à plus de 120 actuellement, selon les informations communiquées par la vice ministre de la Santé. En effet, le conflit libérien a entraîné un déplacement massif de population au cours duquel des milliers d’enfants ont perdu la trace de leurs parents.
Cependant, l’enquête menée auprès de 5 000 enfants vivant dans des orphelinats et réalisée par le ministère de la Santé avec la collaboration avec l’Unicef, a révélé que les parents de 80 pour cent des pensionnaires ces établissements étaient vivants.
D’après plusieurs experts, certains propriétaires d’orphelinat sont hostiles aux programmes de réinsertion des enfants dans leurs familles d’origine et il arrive même qu’ils séquestrent ces enfants.
« Plus il y a d’enfants dans un orphelinat et plus le propriétaire de l’établissement sollicitent une aide financière étrangère », a fait remarquer Jerolinmek Piah, directrice de l’Observatoire national pour la défense des droits de l’enfant (NACROG). « D’après nos analyses, les propriétaires d’orphelinat entretiennent des relations avec certaines organisations philanthropiques étrangères – installées parfois aux Etats-Unis – pour rechercher et obtenir des financements destinés aux enfants qu’il ont pris à leurs parents et qu’ils présentent comme des orphelins, alors que ces enfants ne le sont pas », a déploré Mme Piah.
Peu d’enfants sont traités correctement dans ces institutions, a noté le rapport de la MINUL. « Les enfants vivant dans les orphelinats du Liberia sont privés de leurs droits fondamentaux, à savoir le droit au développement, à la santé, à l’identité, à la famille, à l’éducation, aux loisirs et à la participation à des activités culturelles », a souligné le rapport.
Aucun des représentants d’orphelinat interrogés par le correspondant d’IRIN n’a voulu indiquer ses sources de financement. Mme Cherue, qui n’a pas révélé les noms des donateurs, a seulement indiqué que ces derniers étaient généralement des organisations religieuses implantées aux Etats-Unis.
« Le ministère de la Santé a été saisi en 2006 du cas d’un propriétaire d’orphelinat qui avait reçu plusieurs milliers de dollars américains, avant que le généreux donateur ne se rende compte que les enfants qu’il pensait aider n’étaient pas des orphelins », a expliqué la vice ministre.
« Il s’agissait d’enfants de familles habitant les quartiers voisins. Nous avons dû fermer l’orphelinat et remettre les enfants à leurs familles », a dit M. Cherue. « Cela montre bien que certains orphelinats exploitent nos enfants, et nous allons fermer tous les orphelinats qui s’adonnent à de telles pratiques ».
Selon Mme Cherue, une Commission de protection des enfants, composée d’agences des Nations Unies, d’organisations humanitaires internationales et de plusieurs ministères libériens, a démarré une campagne nationale de documentation afin d’identifier tous les enfants des orphelinats dont les parents sont encore vivants et de les réunir avec leurs familles. « Nous avons interrogé certains enfants et ils savent où vivent leurs familles et leurs parents », a-t-elle fait remarquer. « Ils n’ont donc pas leur place dans des orphelinats ».
Source: Altermédia.info