Manifestation policière

Publié le par Ulysse

.
Près de 2 000 policiers ont assisté, vendredi 11 mai, à l'envolée de cinq ballons blancs, emportant une enveloppe dans le ciel de Paris. Ils s'étaient réunis en début d'après-midi, place de la Nation, pour une marche silencieuse vers la porte de Vincennes, à la mémoire de Reynald Caron. Ce fonctionnaire, âgé de 31 ans, était mort lors d'une intervention à la Foire du Trône, le 9 avril. Il avait été frappé par la nacelle d'un manège, lors d'une échauffourée.

 

 
L'enveloppe contenait une lettre, lue à l'assistance, égrenant les souvenirs personnels de ses proches. A sa lecture, des membres de la 11e compagnie d'intervention, à laquelle appartenait Reynald Caron, ont fondu en larmes. "Aujourd'hui, pas de différence, pas d'appartenance. Chacun de nous avec sa peine, en silence", résuma-t-on au micro. Le cortège s'ébroua lentement, derrière une banderole : "Reynald Caron, ange gardien de la paix." Sa famille a été reçue, en fin d'après-midi, par Nicolas Sarkozy.

Dans la foule, de nombreux policiers ne cachaient pas leur émotion et leur amertume. "Nous ne sommes pas là pour formuler des revendications, mais pour rendre hommage à un collègue, pour souligner un drame humain", explique Walter, 32 ans.

 

"UNE POLITIQUE DU CHIFFRE"

 

Arrivé en 2006 dans le commissariat du 14e arrondissement, à la sortie de l'école des officiers, Walter estime que les policiers "sont de plus en plus mal perçus par la population".

"En Allemagne, ils construisent des commissariats en verre qui ne sont pas caillassés, dit-il. En France, regardez ce qui s'est passé à la gare du Nord. Un travail normal de contrôle d'identité est perçu comme illégitime." Un policier l'interrompt, impatient. Il travaille à la police aux frontières et en veut aux journalistes. "Qu'est-ce qu'il faut faire pour que vous parliez de nos problèmes ? Qu'on brûle nous aussi des voitures ?"

Les émeutes de la gare du Nord reviennent sur les lèvres d'autres policiers. Corinne, 37 ans, capitaine à la 2e division de police judiciaire, regrette la méconnaissance du public - entretenue, selon elle, par les médias - au sujet des actes élémentaires des policiers, tels les contrôles d'identité. "On ne les fait pas pour se faire plaisir, dit-elle. Ils servent souvent à prévenir les dérapages, pas à les provoquer."

Manuel, 45 ans, est brigadier-major dans les Hauts-de-Seine. Il a travaillé au sein d'une brigade anticriminalité, puis en police de proximité. De cette longue expérience du terrain, il a tiré une philosophie. "Quand il y a de la place pour le dialogue, pourquoi pas ? Mais quand des gens ne cherchent que le rapport de force, on ne peut le refuser."

D'autres expriment leur ras-le-bol devant l'évolution du métier, et notamment la pression statistique. "Il y a deux catégories de gens dans la police, résume Didier, 37 ans, brigadier-chef à Créteil. Ceux qui travaillent et ceux qui veulent faire à tout prix carrière. Les nouveaux patrons, sortant de l'école des commissaires, sont des gestionnaires d'entreprise. Il n'y a plus de rapports humains. Depuis cinq ans, nous sommes dans une politique du chiffre alors que notre travail n'est pas forcément quantifiable."

Publicité

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
il est vrai que souvent les roles sont inversés, les gentils (en l'occurance la police) est souvent considérée comme étant les méchants ! je pense que la médiatisation y joue beaucoup aussi ! et qu'elle est en partie la cause de cette mauvaise image là !! je trouve dommage que ce soit un métier reconnu à ses justes valeurs.
Répondre